Date de publication : 08/08/2022
L'anorexie, la boulimie et l'hyperphagie boulimique peuvent affecter la santé, même lorsque le poids ne paraît pas inquiétant. Ces troubles du comportement alimentaire (TCA) nécessitent une évaluation adaptée et, selon les situations, une coordination des soins médicaux, nutritionnels et psychothérapeutiques. Comprendre les différences entre ces situations permet de ne pas réduire les difficultés alimentaires à un manque de volonté, ni de croire qu'une seule thérapie convient à toutes les personnes.
Pourquoi agir tôt même lorsque le poids ne paraît pas inquiétant ?
Il faut agir tôt parce que ces troubles peuvent avoir des conséquences médicales et psychiques importantes sans signe extérieur évident. L'apparence corporelle ou le poids ne suffisent pas à apprécier la gravité d'un trouble alimentaire : leur repérage précoce et l'accès à des soins adaptés sont donc essentiels.
Quels signes doivent conduire à demander une évaluation ?
Dès qu'un TCA est suspecté, une évaluation médicale et psychologique précoce est importante, même si le poids paraît encore dans les normes. Une perte de poids rapide, des restrictions importantes, des vomissements provoqués ou un exercice physique devenu compulsif méritent une attention particulière, indépendamment de l'apparence corporelle. La durée du trouble et l'indice de masse corporelle ne suffisent pas, isolément, à apprécier sa gravité.
Pour certaines personnes, le trouble prend une place considérable dans l'identité et le quotidien ; pour d'autres, la difficulté est moins visible de l'extérieur, notamment lorsque le poids ne paraît pas inhabituel.
La gravité d'un trouble alimentaire ne se déduit pas d'une apparence physique. Un poids dans les normes n'exclut ni la souffrance, ni des complications médicales sérieuses.
Quand une hospitalisation peut-elle être nécessaire ?
Une hospitalisation peut devenir nécessaire selon l'état physique, la rapidité de la perte de poids, les comportements à risque et l'ensemble de la situation clinique ; elle ne se décide pas automatiquement à partir d'un chiffre d'IMC. La prise en charge peut demander du temps et associer plusieurs professionnels, afin de traiter à la fois les conséquences physiques et les mécanismes qui entretiennent le trouble.
Quels risques physiques doivent être recherchés, même si le poids paraît normal ?
Un trouble alimentaire peut avoir des conséquences médicales sérieuses avant que l'entourage ne perçoive une maigreur ou une dégradation visible. Les risques principaux concernent l'équilibre électrolytique, le fonctionnement cardiaque, la croissance chez les jeunes et la santé osseuse.
Les vomissements répétés, l'usage abusif de laxatifs ou de diurétiques, la restriction alimentaire et la déshydratation peuvent perturber les concentrations de certains sels minéraux, notamment le potassium. Ces déséquilibres électrolytiques peuvent affecter le fonctionnement cardiaque ; des troubles du rythme peuvent parfois survenir sans signe extérieur spectaculaire. La restriction prolongée peut également provoquer un ralentissement du rythme cardiaque, une hypotension, des troubles de la croissance chez les jeunes et des complications osseuses.
Quel bilan médical est nécessaire ?
Le bilan médical dépend de la situation : évolution du poids et de la croissance, fréquence des comportements compensatoires, constantes physiques, examen clinique et, si nécessaire, analyses biologiques et électrocardiogramme. Il ne s'agit pas d'imposer le même bilan à tout le monde, mais de ne pas remplacer une évaluation somatique par la seule appréciation psychologique du trouble.
Quelles situations relèvent de l'urgence ?
Un malaise avec perte de connaissance, une douleur thoracique, des palpitations importantes, une confusion, une déshydratation sévère ou un état physique qui se dégrade rapidement justifient une évaluation médicale urgente ; en France, le 15 ou le 112 peuvent être appelés. Des idées suicidaires avec danger immédiat relèvent également de l'urgence. Le 3114 peut apporter une écoute et une orientation en cas de souffrance suicidaire, mais ne remplace pas les secours en cas de danger imminent.
Pourquoi la reprise nutritionnelle doit-elle être encadrée ?
La reprise nutritionnelle, lorsqu'une dénutrition importante est présente, doit être organisée et surveillée par une équipe compétente : la réalimentation peut elle-même nécessiter des précautions médicales. Une psychothérapie peut accompagner cette période, sans se substituer à la stabilisation somatique.
Quelles différences entre anorexie mentale, boulimie et hyperphagie boulimique ?
L'anorexie mentale, la boulimie et l'hyperphagie boulimique présentent des points communs, mais ne répondent pas aux mêmes critères ni aux mêmes besoins de soin. La première repose sur une restriction persistante, la deuxième sur des crises suivies de compensations, la troisième sur des crises récurrentes sans compensations régulières.
Qu'est-ce que l'anorexie mentale ?
L'anorexie mentale est un trouble qui associe notamment une restriction persistante des apports alimentaires entraînant un poids significativement bas au regard de l'âge et de l'état de santé, des comportements qui empêchent la reprise pondérale et une peur de grossir ou d'autres difficultés persistantes autour du poids et de la silhouette. Des formes atypiques de restriction sévère peuvent également présenter des risques médicaux même sans poids visiblement bas. Le trouble ne se réduit pas à un choix volontaire de ne pas manger.
Le comptage des calories, les règles alimentaires rigides et les conduites d'exercice excessif peuvent être présents, sans caractériser toutes les personnes concernées. L'image corporelle peut être altérée et la gravité de la dénutrition sous-estimée, mais le degré de conscience du trouble varie. Certaines personnes présentent aussi des crises alimentaires ou des comportements compensatoires ; il serait imprudent d'avancer ici une proportion unique sans préciser la population et la source. L'évaluation recherche également les complications physiques et les autres difficultés psychiques associées.
Quels sont les enjeux spécifiques de l'anorexie mentale ?
L'anorexie mentale demande de prendre en compte à la fois les restrictions alimentaires, les conséquences de la dénutrition et les difficultés psychologiques qui peuvent entretenir le trouble. La restauration nutritionnelle et la sécurité médicale ne sont pas des objectifs secondaires : elles conditionnent souvent la possibilité de poursuivre le travail thérapeutique.
Une anorexie mentale nécessite une évaluation spécialisée et un suivi somatique. Une restriction importante, une perte de poids rapide, des malaises, des palpitations, des vomissements répétés, une déshydratation ou des idées suicidaires justifient une évaluation médicale rapide, parfois urgente. L'indication d'hospitalisation dépend de l'état clinique global, et non d'un seuil de poids isolé.
Qu'est-ce qui caractérise la boulimie et l'hyperphagie boulimique ?
La boulimie associe des crises alimentaires et des comportements compensatoires, tels que les vomissements provoqués ou l'usage abusif de laxatifs ; le poids peut rester dans les normes. L'hyperphagie boulimique comporte des crises récurrentes sans ces compensations régulières. Ces troubles exposent à des risques différents, notamment des déséquilibres biologiques et des complications digestives ou dentaires pour la boulimie.
La prise en charge comporte une évaluation médicale et psychologique, puis des interventions adaptées, dont les TCC spécialisées et, selon le trouble, une aide guidée structurée. Le travail sur la honte, l'impulsivité, les émotions ou les relations peut être utile lorsqu'il répond aux difficultés identifiées, sans supposer que toutes les crises ont la même fonction. Une dépression associée nécessite également d'être repérée et prise en charge pour elle-même, sans la considérer comme une simple conséquence du comportement alimentaire.
Pourquoi coordonner les soins médicaux, nutritionnels et psychothérapeutiques ?
La coordination est nécessaire parce qu'un trouble alimentaire peut menacer la santé physique tout en étant entretenu par des difficultés psychiques, des habitudes alimentaires et des facteurs de contexte. Le suivi médical, l'accompagnement nutritionnel et la psychothérapie ne remplissent pas la même fonction ; leur articulation dépend du diagnostic et des risques.
La priorité est une prise en charge coordonnée, associant selon les besoins suivi somatique, accompagnement nutritionnel et psychothérapie spécialisée. L'accompagnement nutritionnel relève de professionnels compétents et se coordonne avec les soins médicaux et psychologiques.
Quels facteurs psychiques, familiaux et sociaux faut-il prendre en compte ?
Les troubles alimentaires sont multifactoriels : ils ne traduisent pas nécessairement une difficulté à exprimer un mal-être. Le contexte familial, social et culturel mérite d'être pris en compte sans désigner les proches comme responsables. Les proches peuvent jouer un rôle utile dans le soutien et la continuité des soins, dans le respect des besoins de la personne.
Ces troubles peuvent s'accompagner d'anxiété, de préoccupations obsessionnelles ou d'autres difficultés psychiques, mais ces associations ne sont ni systématiques ni identiques chez tous les patients. Les pensées répétitives autour de la nourriture ou du poids ne doivent pas être assimilées automatiquement aux troubles obsessionnels compulsifs, même si les deux difficultés peuvent parfois coexister.
Le rapport au corps, à l'alimentation et à la valeur personnelle peut être profondément perturbé, mais les manifestations diffèrent d'une personne à l'autre. Chez certaines, la peur de perdre le contrôle ou de ressentir certaines émotions renforce les comportements alimentaires ; chez d'autres, les facteurs qui maintiennent le trouble sont différents. L'estime de soi, la possibilité d'éprouver du plaisir et l'expression émotionnelle peuvent être affectées, sans que cela soit inévitable. Chez certaines personnes, la crainte du regard des autres accentue l'évitement des repas partagés ou la honte, mais cette dimension sociale n'explique pas à elle seule le trouble.
La souffrance peut s'accompagner d'isolement, de fatigue, d'une réduction des activités et de préoccupations alimentaires envahissantes. L'importance de ces difficultés varie selon le trouble et son évolution.
Comment choisir un psychothérapeute face à un trouble alimentaire ?
Le choix d'un professionnel ne dépend pas seulement d'une affinité avec une technique : les critères pour choisir un psychothérapeute doivent inclure sa compétence pour les TCA et sa capacité à travailler avec les équipes médicales. Il n'est pas nécessaire de cumuler ACT, thérapie centrée sur les émotions et art-thérapie pour obtenir une amélioration.
Pour les adultes, les approches recommandées dépendent du diagnostic : la TCC adaptée aux troubles alimentaires (TCC-TA ou CBT-ED) occupe une place importante, et plusieurs psychothérapies structurées sont proposées pour l'anorexie mentale. Les interventions complémentaires se choisissent en fonction de la situation et ne remplacent pas les soins de référence.
Le rapport au corps peut être travaillé lorsque cela est pertinent et supportable, en tenant compte de l'état nutritionnel, de la sécurité médicale et de l'accord de la personne. Aucune technique corporelle ou créative n'est indispensable à tous les patients.
Quelles différences de traitement entre adultes, adolescents et formes de TCA ?
Les traitements diffèrent selon l'âge et le diagnostic : psychothérapies structurées chez l'adulte souffrant d'anorexie mentale, interventions familiales spécialisées chez l'enfant et l'adolescent, TCC spécialisée ou aide guidée pour la boulimie, traitements centrés sur les crises pour l'hyperphagie boulimique. Dans tous les cas, ils s'inscrivent dans une surveillance médicale et nutritionnelle adaptée.
Quelles psychothérapies pour l'anorexie mentale chez l'adulte ?
Chez l'adulte présentant une anorexie mentale, plusieurs psychothérapies structurées peuvent être discutées avec une équipe spécialisée, notamment une TCC centrée sur les troubles alimentaires, l'approche MANTRA ou une prise en charge clinique de soutien spécialisée. Ces approches n'ont pas exactement les mêmes objectifs et modalités, mais elles s'inscrivent dans une surveillance médicale et nutritionnelle adaptée. La psychothérapie ne doit pas faire perdre de vue les effets de la dénutrition sur la concentration, l'humeur et les capacités d'engagement dans le soin.
Quelle place pour la famille chez l'enfant et l'adolescent ?
Chez l'enfant ou l'adolescent présentant une anorexie mentale, les recommandations donnent une place importante aux interventions familiales spécialisées, lorsque leur mise en œuvre est appropriée. Le rôle de la famille est alors de soutenir les soins, non de porter la responsabilité de l'apparition du trouble. Selon la situation, une TCC spécialisée ou une psychothérapie centrée sur l'adolescent peut être envisagée. Le suivi tient compte de la croissance, de la puberté, de l'autonomie progressive et de la protection du jeune.
Quels traitements pour la boulimie et l'hyperphagie boulimique ?
Pour la boulimie, les interventions structurées centrées sur les comportements alimentaires, notamment la TCC spécialisée, sont importantes ; chez certains adultes, une aide guidée encadrée peut constituer une première option. Chez les mineurs, les approches familiales spécialisées ont une place spécifique. Pour l'hyperphagie boulimique, les traitements visent d'abord les crises, la souffrance et les mécanismes qui les entretiennent : une perte de poids ne constitue pas à elle seule le critère de réussite d'une psychothérapie.
Il n'existe donc pas une méthode identique pour toutes les personnes qui restreignent leur alimentation, connaissent des crises ou se sentent prisonnières de règles alimentaires. Le diagnostic, l'âge, l'état somatique, les troubles associés, les ressources et les préférences orientent les décisions, avec une coordination entre professionnels.
Comment les proches peuvent-ils soutenir sans remplacer les soignants ?
Les proches peuvent soutenir la personne au quotidien, en lien avec l'équipe de soins, sans se substituer aux professionnels. Leur soutien peut compter, particulièrement chez les adolescents, mais leur rôle ne doit pas être confondu avec celui des soignants.
Les proches peuvent être déstabilisés par la restriction, les crises ou le secret, et osciller entre surveillance permanente, colère et découragement. Leur implication gagne à être définie avec l'équipe de soins en tenant compte de l'âge, de la sécurité médicale, de la confidentialité et des besoins de chacun.
Chez un mineur, la place des parents ou responsables légaux peut être importante dans certaines prises en charge familiales structurées. Chez un adulte, le choix de ce qui est partagé avec l'entourage doit respecter son autonomie et le cadre du soin, hors situations où la sécurité impose une intervention adaptée. Une présence régulière, non humiliante et coordonnée vaut davantage qu'une injonction à « manger normalement ».
Pourquoi comprendre la fonction d'un comportement ne suffit-il pas toujours à le transformer ?
Comprendre intellectuellement ce qui se passe ne signifie pas nécessairement que la peur, les impulsions ou les comportements changent. Une conduite alimentaire peut rester active malgré une prise de conscience claire, parce qu'elle peut être entretenue par des apprentissages émotionnels, des habitudes acquises, des facteurs biologiques ou les effets propres de la dénutrition.
Quelles fonctions un comportement alimentaire peut-il remplir ?
Chez une personne qui vit une situation incertaine, une restriction peut parfois procurer un sentiment de maîtrise ; lors d'une montée de tension, une crise alimentaire peut momentanément modifier l'état émotionnel, tandis que des règles rigides peuvent sembler protéger d'une angoisse liée au corps ou au jugement d'autrui. Ce sont des hypothèses de fonctionnement, pas des explications valables pour chaque personne ni des causes suffisantes du trouble. Les facteurs biologiques, les effets de la dénutrition, les habitudes acquises et les pressions de l'environnement peuvent aussi entretenir les symptômes. Cette différence entre prise de conscience et transformation peut également apparaître dans d'autres blocages psychologiques qui résistent, mais elle ne dispense jamais d'évaluer les effets propres de la dénutrition et des restrictions alimentaires.
Explorer une protection émotionnelle supposée ne doit jamais retarder des soins somatiques nécessaires ni conduire à attribuer au patient la responsabilité d'une maladie multifactorielle.
Quelles approches peuvent aider à travailler ce qui maintient le trouble ?
Le travail thérapeutique peut porter sur les apprentissages émotionnels, les significations personnelles et les situations dans lesquelles les conduites se réactivent. Selon les besoins, les outils cognitifs et comportementaux, le travail émotionnel ou certaines approches centrées sur les schémas peuvent aider à préciser ce qui maintient la difficulté. La thérapie de la cohérence, l'IFS ou les médiations créatives peuvent être discutées comme approches complémentaires dans des situations choisies, sans preuve qu'elles remplacent les traitements spécialisés des TCA.
L'ACT peut aider certaines personnes à examiner le rapport au contrôle et à leurs valeurs ; la thérapie centrée sur les émotions peut être pertinente lorsque l'identification ou la régulation émotionnelle constitue une difficulté. Leur intérêt est à apprécier dans un projet de soins coordonné, sans présumer qu'elles transforment nécessairement des affects refoulés. La priorité demeure de réduire les risques et les symptômes du trouble tout en préservant l'autodétermination de la personne.
Quelle place pour l'art-thérapie dans la prise en charge des TCA ?
L'art-thérapie et les médiations créatives peuvent compléter une prise en charge spécialisée lorsque les mots ne suffisent pas à exprimer une expérience, mais elles ne constituent pas un traitement autonome des troubles alimentaires. Elles ne doivent pas se substituer à une psychothérapie spécialisée, à la restauration nutritionnelle lorsqu'elle est indiquée ou au suivi médical.
Dans quelles situations les médiations créatives peuvent-elles aider à s'exprimer ?
Les médiations créatives peuvent aider notamment lorsque la mise en mots est difficile, mais leur intérêt dépend de la personne, de ses préférences et des objectifs thérapeutiques. Certaines personnes parlent aisément de leurs difficultés ; d'autres ont du mal à décrire ce qu'elles ressentent, éprouvent de la honte ou minimisent des comportements devenus habituels. La qualité du discours ne permet pas de conclure à un déni ou à une défense psychologique.
Une psychothérapie par la parole peut être utile, notamment lorsqu'elle est adaptée au trouble alimentaire et à la motivation de la personne. Il n'est pas établi que les approches verbales soient généralement inutiles chez les patients présentant un TCA. Les médiations créatives en art-thérapie peuvent alors constituer une voie d'expression supplémentaire. Leur intérêt individuel ne prouve pas qu'elles traitent à elles seules l'anorexie ou la boulimie.
L'art-thérapie peut ainsi ouvrir plusieurs possibilités de travail, sans présumer qu'elles concernent toutes les personnes. Lorsque la relation à autrui paraît intrusive, une création peut servir de support à un échange qui n'exige pas de tout raconter immédiatement ; la difficulté à communiquer ne doit toutefois pas être assimilée à une peur d'ingérer de la nourriture. Si certaines émotions restent difficiles à différencier, la matière, les formes ou les images peuvent faciliter leur reconnaissance, sans supposer que tous les patients refoulent leur agressivité ou leur ambivalence. Enfin, la création peut parfois instaurer une distance supportable avec une expérience éprouvante, à condition de ne pas imposer l'exploration de souvenirs ou d'émotions prétendument cachés.
Comment choisir une médiation sans renforcer la surveillance du corps ?
Le choix d'une médiation doit d'abord tenir compte de la sécurité physique, de la sensibilité à l'image corporelle et du risque de transformer l'activité en nouvelle exigence de performance. Une proposition artistique peut être utile si elle élargit les possibilités d'expression ; elle doit être adaptée ou interrompue si elle intensifie le contrôle, les comparaisons ou la détresse.
L'art-thérapie peut offrir à certaines personnes une expérience de plaisir, de jeu ou d'expression qui ne soit pas centrée sur la performance corporelle. Cela reste une possibilité, non un effet garanti ni un traitement autonome de l'anorexie. Une création peut parfois rendre une émotion plus perceptible ou faciliter un échange thérapeutique ; le choix des supports et des thèmes dépend du consentement, des préférences et des objectifs du travail.
Que peuvent apporter les différents supports créatifs ?
Chaque support présente des possibilités et des limites qui s'évaluent avec la personne :
- La peinture ou l'aquarelle peuvent, selon les personnes, permettre d'expérimenter une activité où le résultat n'a pas besoin d'être parfaitement maîtrisé. Cette expérience ne suffit pas, à elle seule, à réduire les restrictions alimentaires ou le besoin de contrôle.
- La photographie peut servir à explorer l'image de soi ou la relation à autrui, à condition de ne pas renforcer une surveillance du corps ou des comparaisons douloureuses. Sa pertinence est à évaluer avec la personne.
- Les médiations sensorielles peuvent parfois soutenir la conscience corporelle ou la différenciation des sensations. Elles doivent rester compatibles avec l'état physique et ne sont pas censées diminuer une « activité cérébrale trop intense » selon un mécanisme démontré.
- Le modelage peut constituer un support d'exploration du toucher et de l'expérience corporelle. Il ne permet pas, par lui-même, d'affirmer un réveil de sensations archaïques ni de traiter une préoccupation dysmorphique.
Les médiations se choisissent au cas par cas et peuvent être interrompues si elles accentuent la détresse. L'objectif est de compléter, lorsque cela a du sens, des soins spécialisés fondés sur l'évaluation médicale, les symptômes et les préférences de la personne.
Que permet un accompagnement adapté aux troubles alimentaires ?
Une prise en charge spécialisée associe, selon la situation, surveillance médicale, accompagnement nutritionnel et psychothérapie. Les approches structurées, dont les thérapies cognitivo-comportementales adaptées aux troubles alimentaires, peuvent aider à travailler les restrictions, les crises, les compensations et les règles rigides autour de l'alimentation. Le suivi psychothérapeutique peut également explorer, lorsqu'ils sont présents, la honte, le besoin de contrôle, les difficultés à identifier les émotions, les relations et les expériences qui entretiennent le trouble. Il ne s'agit pas de supposer qu'un conflit inconscient explique tous les troubles alimentaires, ni de remplacer les soins somatiques par une exploration émotionnelle. La progression dépend de la sécurité médicale, de la forme du trouble et des besoins de chaque personne ; elle ne peut être garantie par une méthode unique.
Questions fréquentes sur l'anorexie et la boulimie
Peut-on souffrir d'un trouble alimentaire avec un poids normal ?
Oui. Un trouble du comportement alimentaire peut exister et présenter des risques médicaux alors que le poids paraît dans les normes, notamment en cas de boulimie, d'hyperphagie boulimique ou de forme atypique de restriction. Les vomissements, l'usage de laxatifs ou une restriction sévère peuvent perturber l'équilibre en potassium et le rythme cardiaque sans signe extérieur visible. C'est pourquoi une évaluation médicale et psychologique est recommandée dès qu'un trouble est suspecté.
L'anorexie est-elle un choix ou un manque de volonté ?
Non. L'anorexie mentale est un trouble multifactoriel dans lequel interviennent des facteurs biologiques, psychologiques, relationnels et environnementaux, ainsi que les effets propres de la dénutrition. Le fait de comprendre intellectuellement son trouble ne suffit d'ailleurs pas toujours à modifier la peur de grossir ou les règles alimentaires. Cela ne relève ni d'un caprice, ni d'une faute de la personne ou de sa famille.
Quelle thérapie est recommandée pour la boulimie ?
La TCC adaptée aux troubles alimentaires occupe une place importante : elle travaille sur les crises, les compensations et les règles alimentaires rigides. Chez certains adultes, un programme d'aide guidée, encadré par un professionnel, peut être proposé en premier ; chez les mineurs, des interventions familiales spécialisées ont une place particulière. Le travail sur la honte, les émotions ou les relations peut compléter ces interventions lorsqu'il correspond aux difficultés identifiées. Une évaluation médicale reste nécessaire en raison des déséquilibres biologiques possibles.
L'art-thérapie peut-elle soigner l'anorexie ou la boulimie ?
L'art-thérapie n'est pas un traitement autonome des troubles alimentaires. Elle peut, pour certaines personnes, offrir une voie d'expression complémentaire lorsque la mise en mots est difficile, ou une expérience de plaisir qui ne soit pas centrée sur la performance corporelle. Elle s'inscrit alors dans une prise en charge coordonnée, sans remplacer la psychothérapie spécialisée, la restauration nutritionnelle ni le suivi médical, et doit être adaptée si elle renforce le contrôle ou la surveillance du corps.
Comment aider un proche qui souffre d'anorexie ou de boulimie ?
Une attitude constante, sans humiliation ni reproche, et ajustée avec les soignants est en général préférable à une surveillance de chaque repas ou à des injonctions à manger. Chez un adolescent, les parents peuvent être associés à des interventions familiales spécialisées ; chez un adulte, ce qui est partagé avec l'entourage doit respecter son autonomie, sauf lorsque la sécurité impose d'intervenir. Les proches peuvent aussi avoir besoin d'un soutien pour eux-mêmes face à la colère, à l'inquiétude ou au découragement.
Quand faut-il consulter en urgence pour un trouble alimentaire ?
Il faut appeler le 15 ou le 112 (en France) en cas de perte de connaissance, de douleur dans la poitrine, de palpitations marquées, de confusion, de déshydratation sévère ou d'un état physique qui se dégrade vite. Le même réflexe s'impose lorsque des idées suicidaires s'accompagnent d'un danger immédiat. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, propose écoute et orientation, mais ne se substitue pas aux secours lorsque le danger est imminent.
Auteur : Karine BIAVA (2022)
Psychothérapie et Art-thérapie à Peymeinade 06 530
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